L’EDITO
Du fric pour l’école publique !
Avec six milliards d’euros de bénéfices au premier trimestre, Total figure parmi les grands profiteurs de la guerre en Iran aux côtés des industriels de l’armement. Pourtant, le gouvernement se refuse toujours à bloquer les prix de l’essence, dont l’envol pèse notamment sur les plus précaires. Au-delà de cette mesure immédiate, dans un contexte où l’inflation a atteint +2,4% en mai, l’urgence est à l’augmentation des salaires. On assiste à une accélération du phénomène de SMICardisation du salariat que l’on observe depuis quelques décennies, notamment dans la Fonction Publique à cause du gel continu du point d’indice.
Sur cette question des salaires comme sur d’autres, l’imposture sociale du RN apparaît de plus en plus clairement. Il n’hésite pas à venir en renfort du patronat qui réclame toujours plus d’exonérations de cotisations patronales, pourtant déjà fortement généralisées par Macron. En retour, une part croissante du patronat participe à la diffusion des idées d’extrême droite. Bolloré, l’acteur le plus notoire de cette guerre culturelle en France, continue d’étendre son emprise avec le rachat annoncé d’UGC par Canal+. Mais tout le monde ne baisse pas la tête, comme l’a montré la tribune anti-Bolloré, signée par plus de 3000 professionnel·les du cinéma.
Il n’y a que pour les budgets militaires que l’heure est à l’augmentation voire à la surenchère. La modification de la loi de programmation militaire qui rallonge de 36 milliards d’euros le budget de la Défense a été adoptée par l’Assemblée nationale, mais rejetée par le Sénat, la droite sénatoriale estimant que ce n’était pas suffisant ! Il faut monter à 50 milliards pour « faire face à l’ensauvagement du monde », selon Retailleau. Une idéologie qui se traduit aussi par la répression de plus en plus violente de la
jeunesse, comme on a pu le voir après la victoire du PSG, dont les célébrations, émaillées par les charges de CRS et les gaz lacrymogènes, ont donné lieu à un déferlement de propos racistes et autoritaristes décomplexés de la part de la droite et de l’extrême droite.
Les questions de lois budgétaires animent de plus en plus les débats et la lutte, en France comme ailleurs. En Belgique, d’énormes mobilisations ont mis en échec plusieurs propositions de budgets austéritaires,
notamment dans l’éducation. Au Mexique également, ce sont les enseignant·es qui se battent pour des hausses de salaires et une meilleure retraite. Nous avons nous-même énormément à gagner pour nos conditions de travail et pour l’avenir de nos élèves, à commencer par la baisse des effectifs par classe.
Plusieurs établissements et écoles sont toujours en lutte pour leurs moyens à la rentrée 2026, comme le lycée Jacques Prévert de Boulogne Billancourt, Galilée à Gennevilliers ou les écoles de Nanterre. Les grèves AEd du 2 juin et AESH le 9 juin ont été bien suivies par les personnels et démontrent une volonté toujours présente de se mobiliser. A nous de faire en sorte que ces mobilisations s’amplifient et aboutissent à des victoires.
Edito et illustration : Lo Conche
LES ARTICLES
Le 53e congrès ayant été houleux, la volonté était affichée de faire de ce 54e congrès un congrès rassembleur, qui mettrait les divergences de côté. Il n’est pas certain que le pari soit réussi, car si la semaine a été plus apaisée cette fois-ci, les frustrations restent grandes quant à la conduite des débats, qui a laissé l’impression d’une opposition entre les délégué·es et la confédération. Les remontées légitimes de questionnement par rapport, par exemple, à la surreprésentation de certaines fédérations dans les débats au détriment d’autres, ont été balayées par un rappel que « tout le monde ne peut pas prendre la parole vu la contrainte de temps », ce dont tout le monde avait bien conscience. Des points clivants du document d’orientation, comme l’organisation des ICTAM ou le rapprochement avec la FSU, n’ont pas réellement pu être discutés. Malgré des rappels fréquents sur l’importance de la démocratie syndicale et de la préparation des débats en amont dans nos syndicats, nous n’avons pas vraiment pu porter les conclusions de ces travaux. D’autant plus que notre pratique de vote diffère du reste de la CGT. Notre désaccord principal avec le document d’orientation demeure, l’importance donnée à la structuration spécifique des ICTAM au sein de la CGT ayant été encore renforcée par les amendements. Pour nous, cela favorise une division de l’activité syndicale selon les catégories professionnelles, à l’opposé de ce que nous portons et mettons en place au syndicat. Nous avons aussi vu des moments forts, notamment autour de l’internationalisme avec des camarades de nombreux pays. La vraie victoire de ce congrès est l’annexion du cadre commun de lutte contre les VSS aux statuts confédéraux, avec 70% des voix et après un moment fort de débat et de prise de parole sur le nécessaire combat contre le sexisme et les violences au sein de la CGT. Par ailleurs, nos camarades de l’éducation ont fait de belles interventions tout au long de la semaine pour porter nos revendications. Le document d’orientation adopté prône une culture de la grève et de la lutte offensive, qu’il faudra faire vivre dans les mois et les années à venir.
Chaque année, la·le « PsyEN » est convoqué·e aux commissions d’appel pour ses établissements, sous peine de provoquer un vice de procédure. Et chaque année, les psychologues se questionnent sur le sens et la pertinence de leur présence systématique à cette instance. Le travail des psychologues se situe pourtant en amont avec les jeunes et leur famille : compréhension de cette instance institutionnelle, de son déroulé et accompagnement dans la réflexion sur la manière de se positionner ; enjeux et facteurs qui les ont conduits à cette situation ; les aider à mettre à jour ce qui se joue dans ce moment et les enjeux psychoaffectifs qui sont plus ou moins conscients. Tout cela dans une écoute neutre et bienveillante. Quand ce travail de préparation est fait avec les familles (la veille de la commission), dans la grande majorité des cas, les psychologues n’ont plus rien à ajouter en commission d’appel quand la·le jeune et la famille réussissent à s’exprimer.
À cela s’ajoute, lorsque les commissions d’appel sont organisées en dehors du secteur de rattachement des psychologues, des difficultés voire l’impossibilité de se faire rembourser les frais de transport.
Des psychologues ont proposé à leur hiérarchie d’évaluer elles et eux mêmes la nécessité ou non d’être présent·es physiquement à la commission, une fois l’instance préparé en amont avec la·le jeune et sa famille, avec si besoin un courrier à la présidence de la commission d’appel (comme cela a pu se faire dans le passé). La pertinence d’être présent·e questionne d’autant plus dans le cas de jeunes n’étant pas suivi·es par les collègues convoqué·es et dont la situation leur est complètement inconnue. La réponse est restée la même : « Non. Présence obligatoire, pour éviter le vice de procédure » !
Ne serait-il pas temps de reconnaître les compétences-mêmes des psychologues au sein de notre système éducatif, dans un contexte où la santé mentale serait grande cause nationale ?!
Un passage en force des PAS ?
Alors que l’Assemblée nationale a rejeté la généralisation des Pôles d’Appui à la Scolarité le 11 mai dernier, le gouvernement continue leur expérimentation. Ainsi, dans le 92, la transformation des PIAL en PAS s’achèvera à la rentrée prochaine, avec la création de 15 postes de coordonnateur·ices PAS pris sur la dotation de postes du département. Pourtant, l’expérimentation a surtout fait apparaître ces dispositifs comme des coquilles vides. Et la confusion entre difficulté scolaire et handicap qui y est faite nous inquiète.
Le défi de l’École inclusive mérite mieux que ça ! Pourtant, dans la circulaire de rentrée 2026, seulement 3,5 lignes y sont consacrées. Il est urgent de mettre les moyens pour renforcer les Rased, former tous les personnels à l’inclusion et enfin reconnaître les AESH par un statut et une rémunération à la hauteur.
Les AESH progressent par leurs luttes
Après des années de luttes et de mobilisations, les AESH ont obtenu des avancées : grille nationale de salaires, CDI après 3 ans de CDD, jours de fractionnement, paiement des primes REP/REP+ rétroactif pour les années 2021 et 2022. Si ces avancées sont indéniables et encourageantes, elles restent très insuffisantes pour sortir les AESH de la précarité, comme sur la revalorisation des grilles de salaire : avec les grilles actuelles, en 12 ans d’ancienneté, le salaire des AESH n’augmente que de 70€ bruts mensuels. Il leur faut attendre 18 années d’ancienneté pour franchir le seuil de salaire de 2000€ brut mensuels. Sans tenir compte du fait que les AESH, à 94% des femmes, subissent des temps partiels imposés (en général avec une quotité de service à 62%), ce qui place leur salaire réel en-dessous du SMIC.
Il est souvent attendu des AESH des gestes dépassant les limites de leurs missions, auprès d’élèves souffrant de pathologies qu’ielles ne sont pas formé·es à gérer. Cela expose les AESH à de nombreux accidents du travail, mal reconnus par l’employeur, les conduisant à de fréquents placements en congé maladie. En l’absence de subrogation, encore repoussée à l’horizon 2028, les AESH reçoivent des trop-perçus, qu’il leur faut ensuite rembourser via des retenues sur salaire, en général sans étalement. De plus, ces trop-perçus faussent le calcul des aides sociales, les pénalisant doublement.
Une école et une société vraiment inclusive
Au-delà de la vision capacitiste désignant comme personnes handicapé·es celles sortant de la norme sociale, c’est l’organisation validiste de la société et du travail qui place ces personnes en situation de handicap. Pour garantir l’égale dignité de toutes et de tous, et inclure les travailleuses et travailleurs handicapé·es dans la société, la CGT considère qu’il faudra déconstruire le monde du travail : enfin respecter la priorité à l’aménagement du poste de travail, et refuser toute discrimination à l’embauche. Cela commencera par une école réellement inclusive, pensée pour l’ensemble des élèves et non pour seulement les élèves dits valides. En attendant cette école, nous avons besoin d’AESH formé·es et bénéficiant d’un statut de la fonction publique.
Vers un statut pour les AESH ?
Le Sénat a refusé une proposition de loi pour la création d’un statut d’AESH. Un rapport interministériel, tenu secret durant plus d’une année, a admis l’échec de la politique inclusive actuelle. Ses propositions, si elles sont appliquées, loin de repenser l’école pour qu’elle s’adresse à toutes et tous les élèves, serait désastreuse pour l’inclusion. Il envisage de limiter les missions des AESH sur l’accompagnement aux actes de la vie quotidienne, les dépouillant de tout rôle pédagogique, et ne propose de considérer comme de potentiel·les fonctionnaires que 10% à 20% des AESH (à condition de devenir conseillere principal·e accessibilité ou assistant·e d’accessibilité).
Avant le prochain groupe de travail ministériel annoncé le 17 juin, l’intersyndicale a donc appelé les AESH à une nouvelle mobilisation le mardi 9 juin. Les AESH se sont mobilisé·es par la grève ce jour-là ! La CGT Educ’Action continue de porter la revendication des AESH d’un statut de fonctionnaire catégorie B, sans condition de nationalité. Pour mettre fin à la précarité causée par les temps partiels et permettre aux AESH d’assumer pleinement leur rôle, leur temps complet doit correspondre à 24h d’accompagnement élève.
En avril, le secteur statistique du ministère a estimé qu’il y aurait une diminution d’environ 1,7 millions d’enfants scolarisé·es en France d’ici 2035. Cette étude a été expressément commandée par le ministre Geffray pour justifier les suppressions de postes. Remarquons d’emblée que ces suppressions que nous subissons depuis des années n’ont pas attendu la baisse démographique. Sous Sarkozy, alors que le nombre de naissances atteignait un pic depuis des décennies, 80 000 postes d’enseignant·es ont été supprimés en cinq ans. Ainsi, avec les 10 000 suppressions de postes dans le second degré également effectuées par Macron, l’enseignement secondaire public compte aujourd’hui moins d’enseignant·es qu’en 2008 alors que 250 000 élèves en plus y sont scolarisé·es. Cette politique a abouti à des effectifs par classe en France bien plus élevés que dans les autres pays comparables (en moyenne, au collège, 26 élèves par classe en France contre 21 dans les pays de l’UE membres de l’OCDE).
Et pourtant, le ministre Geffray persiste : selon lui, « zéro [suppression de poste] c’est suicidaire ». Ne lui parlez pas de créer des postes ! On risquerait d’avoir enfin des conditions d’étude satisfaisantes pour les élèves ! C’est pourtant bien l’une des premières nécessités aujourd’hui : des classes moins chargées, plus de temps pour chaque élève.
C’est d’autant plus impérieux que l’un des changements majeurs des vingt dernières années est la multiplication par trois du nombre d’élèves en situation de handicap scolarisé·es en milieu ordinaire. La création de postes d’AESH, d’ailleurs insuffisante, ne peut être la seule mesure pour accompagner ce développement de l’inclusion. Là aussi une baisse substantielle des effectifs par classe est nécessaire pour que cesse la souffrance des élèves et des personnels.
Car les enseignant·es aussi ont le droit d’avoir de bonnes conditions de travail. Ils et elles ont également droit à la mobilité géographique qui est aujourd’hui si souvent bloquée. Pour cela, n’en déplaise au ministre, il faut créer des postes !



