L’EDITO
De cette société là…
Cette année 2026 commence avec une grave montée des tensions internationales et de l’impunité de l’impérialisme américain, quand Donald Trump décide d’attaquer le Venezuela et d’enlever son président. Le président des Etats-Unis s’est à peine caché derrière l’excuse de la lutte contre le narcotrafic et a exposé ouvertement ses ambitions pour les ressources naturelles, notamment pétrolières, du Venezuela. Il est également revenu à la charge sur la question du Groenland, en menaçant ouvertement d’en prendre le contrôle. Ce sont ces menaces qui ont finalement poussé les pays européens à se positionner contre les agissements et les déclarations de Trump, après des réactions presque complaisantes suite à l’agression du Venezuela. En France, en particulier, le discours médiatique et politique a tourné autour de la légitimité et de l’autoritarisme de Nicolás Maduro, comme si cela pouvait justifier qu’un pays tiers puisse intervenir comme l’ont fait les Etats-Unis. Le droit international qui, loin de garantir la paix, fixe tout de même une certaine forme de cadre à la relation entre les états, est allégrement piétiné. Trump promeut la loi du plus fort, et la réponse de l’Europe est avant tout de se demander comment se maintenir dans cette course.
En attendant, aux Etats-Unis, la répression des personnes étrangères atteint des proportions terribles, avec les milices de l’ICE qui arrêtent sans condition et tuent impunément. Il est néanmoins encourageant de constater que la population ne se laisse pas faire, et que la solidarité et la mobilisation s’organisent contre la police de l’immigration.
Trump a fini par reculer sur le Groenland, finalement rattrapé par les impératifs des marchés, et même ses ambitions pour le pétrole vénézuélien se heurtent à celles des grandes compagnies pétrolières américaines. L’ingérence américaine continue néanmoins de se manifester en Ukraine, en Palestine, en Iran. Le peuple iranien subit une répression extrêmement violente de sa contestation, dont l’ampleur reste difficile à évaluer tant le pays est coupé du reste du monde.
En France, après des mois de tergiversations, un budget dans la lignée de la liquidation des services publics, au profit notamment de la militarisation et sans la moindre contribution des plus riches, sera finalement adopté à coup de 49.3, malgré les engagements de Lecornu. Pour les partis politiques, la prochaine échéance est maintenant la campagne des municipales, où les enjeux sur les politiques locales sont bien réels, et où la stratégie gagnante pour empêcher la progression de l’extrême-droite ne peut être celle de la division. Ce budget promet des annonces de DHG et de carte scolaire à la peine cette année encore, malgré les louanges chantées par notre ministre envers les personnels de l’Education Nationale dans ses vœux de début d’année.
Nous devons dès maintenant construire la mobilisation pour réclamer collectivement des moyens pour nos élèves et nos conditions de travail.
Edito et illustration : Lo Conche, secrétaire général
LES ARTICLES
Depuis la réforme de l’éducation prioritaire en 2015, la carte des collèges REP/REP+ n’a pas bougé alors qu’elle devait être révisée dès 2019. Entre temps, l’indice de position sociale (IPS) a été créé permettant, malgré ses limites, de quantifier les inégalités sociales face à l’école. Avec cet outil, des « situations aberrantes » (d’après les mots du ministre) apparaissent : certains collèges à très faible IPS ne sont pas classés en éducation prioritaire. Ayant annoncé que la carte ne serait pas revue avant 2028, au mieux, le ministère a identifié 21 collèges (parmi les 5326 collèges publics !) dont la situation est « aberrante ». L’académie de Versailles ne compte qu’un seul collège dans la liste : Montesquieu à Evry qui, au vu de son IPS, devrait sans conteste être classé en REP+. Inutile de dire que des besoins spécifiques existent dans bien d’autres collèges que ceux-ci ! Dans les Hauts-de-Seine, c’est le cas notamment du collège Pasteur de Gennevilliers qui a été sorti de l’éducation prioritaire en 2014. Mais, même pour ces 21 collèges, le ministère ne prévoit qu’une intégration aux CLA (Contrats Locaux d’Accompagnement), dispositif que la CGT Educ’action a dénoncé dès son lancement car affaiblissant l’éducation prioritaire et conditionnant les moyens à l’établissement d’un contrat.
L’éducation prioritaire repose sur le principe de donner plus là où les besoins sont plus importants. Pourtant, rien ne garantit aux collèges REP/REP+ des moyens plus élevés. De fait, dans le 92, ces collèges ont perdu beaucoup de moyens depuis la réforme par plusieurs effets conjugués. D’une part, ces collèges dont la marge horaire était la plus importante ont fait les frais de la baisse généralisée des dotations. D’autre part, l’attribution des moyens supplémentaires pour répondre aux difficultés sociales se fait de moins en moins selon le classement REP/REP+ et de plus en plus selon l’IPS. Avec ce fonctionnement, les moyens attribués fluctuent au gré des budgets nationaux sans aucune garantie de pérennité.
Par ailleurs, le ministère a recensé les 800 collèges dans lesquels plus de 40% des élèves obtiennent moins de 8/20 en maths et en français au brevet, indépendamment de l’origine sociale des élèves. Dans le 92, 13 collèges sont identifiés dont 8 en REP/REP+, sur les 20 que compte notre département. Ce que le ministère prévoit pour ces collèges relève du pilotage par l’évaluation et le contrôle : élaboration d’une « feuille de route » en interne définissant des « objectifs » sur 3 ans, « accompagnement » par une « équipe ressource académique » composée de chef·fes d’établissement et d’inspecteur·trices… En revanche rien sur des moyens supplémentaires. Le message est clair : si les élèves ne réussissent pas assez bien, c’est à cause des équipes pédagogiques insuffisamment encadrées.
Pour la CGT Educ’action, c’est bien la concentration des difficultés sociales qui doit permettre à un établissement d’être classé en éducation prioritaire. Selon ce principe, il n’y a aucune raison d’exclure les lycées : les inégalités sociales ne disparaissent pas à la fin du collège. En particulier, les lycées professionnels accueillent très souvent un grand nombre d’élèves issu·es de milieux défavorisés. Il est grand temps de les intégrer dans une nouvelle carte de l’éducation prioritaire garantissant un nombre réduit d’élèves par classe, plus de postes en vie scolaire et dans le pôle psycho-médico-social, des temps de concertation entre personnels et des formations intégrées dans le service, etc.
Le projet de refonte du remplacement dans le premier degré dans notre département prévoit la fusion de tous les postes de remplacement pour la rentrée 2026. Ce projet aurait un impact désastreux sur le fonctionnement des REP+.
Les brigades REP+ assurent les remplacements des enseignant·es de REP+ lors des 18 demi-journées de pondération annuelles dont iels bénéficient. Avec leur disparition, ces journées ne seront plus garanties. Or, ce temps permet aux enseignant·es de ces écoles de se former, d’élaborer des projets exigeants ou encore de travailler en équipe. De plus ces collègues remplaçant·es font entièrement partie des équipes dont iels connaissent les habitudes mais aussi les élèves et leurs familles ; cette stabilité est gage d’un climat apaisé. Iels connaissent également les spécificités de la REP+ où iels ont choisi de travailler. Ces collègues qui risquent de perdre leur poste sont ébranlé·es par cette nouvelle.
Pourtant, ce dispositif fonctionne ! C’est une évidence pour les équipes des REP+ mais cela apparaît également à travers les résultats scolaires.
Pour toutes ces raisons, les enseignant·es des écoles REP+ de Nanterre et Gennevilliers se sont massivement mis·es en grève les 26 et 27 janvier dernier, avec la plupart des établissements fermés. La CGT Educ’action 92 accompagne les collègues dans la construction de cette mobilisation et ses suites. Si aucune ouverture n’est donnée de la part du ministère, il faudra poursuivre la mobilisation afin d’être reçu·es et entendu·es par le DASEN.
Entre avril et juillet 2025, une série d’accidents du travail mortels a touché cinq mineur·es (apprenti·es, lycéen·nes en bac pro et en stage d’observation de seconde GT, collégien·ne de 3ème). C’est dans ce contexte que notre fédération, la FERC, a organisé une journée d’étude « protéger les jeunes en formation professionnelle » avec la participation de la CGT TEFP (inspection du travail) lors d’une table ronde pour comprendre les causes de ces accidents du travail.
La France reste un des pays européens les plus touchés par les morts au travail, et les moins de 25 ans sont 2,5 fois plus souvent victimes d’accidents du travail que le reste des salarié·es. La surreprésentation des jeunes en formation dans les accidents du travail n’est pas liée à des conduites à risques ou à un déficit de formation, mais bien aux conditions de travail.
L’entreprise n’est pas un lieu adapté à la formation initiale. Les stages et l’apprentissage reproduisent les discriminations et inégalités d’accès au marché de l’emploi. L’entreprise, au contraire du lycée professionnel, n’a pas le temps d’accompagner les jeunes, et leur confie des tâches répétitives et dangereuses : travail en hauteur, nettoyage de zones empoussiérées en menuiserie, dégraissage de pièces en mécanique… La durée des PFMP n’a cessé d’augmenter depuis 2009, passant de 16 à 18 semaines sur 4 ans à 20 semaines sur 3 ans. La pression des semaines obligatoires pour obtenir le diplôme et la peur de perdre la gratification empêchent beaucoup d’élèves de dénoncer les situations dangereuses auxquelles elles et ils sont exposé·es, notamment dans le cas de VSST.
La CGT Éduc’action revendique une diminution de la durée des PFMP (de 20 à 10 semaines) et leur transformation en stages d’observation et de pratique, ainsi que la suppression des stages en 3ème et 2nde GT. Les élèves doivent être protégé·es face aux accidents du travail, à la surexposition aux produits CMR et aux VSST. Face aux dangers graves ou imminents, la CGT Éduc’action exige la mise en place d’un droit de retrait pour les stagiaires de la voie professionnelle, sans perte de gratification et avec une dérogation légale sur les semaines de stages qui ne pourraient pas être effectuées.
Ces dernières années, les annonces, mesures et réformes se succèdent pour pallier superficiellement les problématiques de l’école et orienter ses missions, le plus souvent avec le désaccord massif des personnels sur le terrain. Les derniers en date sont l’instauration des groupes de niveau au collège, et du parcours différencié dit parcours en Y en lycée professionnel.
Ces deux mesures sont des échecs. Deux ans après le « choc des savoirs », l’obligation des groupes de niveaux en 6e et en 5e est abandonnée pour de bon pour la rentrée 2026. Et après la mise en place catastrophique du parcours différencié l’année dernière, avec un taux d’absentéisme record, la mesure est remaniée pour cette année avec une diminution de la période de stage et le retour des examens en juin.
Tout ça pour ça ? Ces mesures ont fortement désorganisé les établissements et généré une charge de travail supplémentaire pour les personnels et de l’incertitude pour les élèves, avant d’être finalement amoindries au fur et à mesure que leur inefficacité devenait avérée. Année après année, nous continuons à subir ces bricolages qui aggravent la situation au lieu de l’améliorer.
Il ne faut pas sous-estimer le poids de la mobilisation et des remontées du terrain dans ces retours en arrières, mais ce sont davantage des aveux d’échec du ministère qu’une réelle prise en compte de nos revendications. Nous devons néanmoins continuer de nous battre pour préserver et améliorer notre outil de travail, et lutter contre les attaques sur la liberté pédagogique et l’égalité des conditions d’enseignement pour tous·tes les élèves. Puisque le gouvernement a reculé sur ces mesures, exigeons la même chose pour la réforme du bac de Blanquer.



